14- SANS DOMICILE FIXE
Je sors avec H. depuis quelques jours et je pars avec lui à Toulouse ! C'est quand même de l'inconscience, vous ne trouvez pas ? J'aurai pu tomber sur un gros con mais heureusement pour moi c'était pas le cas.
Il me présente à ses quelques potes dont son meilleur ami E. qui m'a fait un accueil, comment dirai-je …. plutôt original : alors que j'étais assise sur un banc voilà ce qu'il est venu me dire à peu près : « alors comme ça t'es la meuf d'H. ! …. de toute façon t'es pas belle et puis t'es pas mon genre ! » . Eh vlan ! Prends toi ça dans les dents Chris !! Déjà, qu'au premier abord, il n'avait pas l'air commode alors là j'vous dis pas comment je me suis sentie sur le moment. Ca m'a marqué puisque je m'en rappelle encore -lol-
A ce jour, c'est encore un ami, comme quoi…….
Nous étions donc sans domicile fixe. Nous avons d'abord, passé une semaine au Mirail chez un pote ; rien à voir avec ma petite cité du Gers ! De temps en temps on voyait des objets passés par les fenêtres mais pas des petits non ; des trucs genre vélos, machine à laver…. fallait marcher en levant la tête au cas ou.
Cet appart devait faire à peine 25 m2 ; on était quatre à dormir par terre dans des sacs de couchage et les blattes nous grimpaient dessus -brrrrrrr, j'en ai des frissons !- je déteste ces bestioles !!!!! En plus, moi qui était accro aux anti-dépresseurs, j'étais partie sans rien et donc impossible de dormir ou très peu durant les trois ou quatre premières nuits !! Après, j'me suis écroulée et les blattes pouvait me chatouiller, je les sentais pas -lol-
On est parti de là pour cause d'incompatibilité d'humeur entre le locataire et un pote.
LES SQUATS
Après notre semaine au Mirail, nous avons été invité à dormir dans le squat de deux personnes d'un certain âge plus proches de la clochardise que de la zone. C'était une maison, pas loin d'un lycée, sans eau ni électricité avec les toilettes à l'extérieur fermés par une porte en bois avec un crochet, très moderne quoi -lool- ; on allait chercher l'eau au chantier d'en face. Ces "clochards" acceptaient un peu tout le monde et je peux vous dire que je ne m'y sentais pas bien du tout. C'était le pur, le vrai squat un peu destroy !
Pour l'hygiène, il y avait l'hôpital "la Grave" pour se doucher, un autre endroit qui s'appelait "le point d'eau" où on nous donnait des vêtements ; j'me souviens y avoir trouvé un ensemble pantalon / veste en faux cuir noir plutôt sympa mais avec ça, la manche ne marchait pas -lool- (trop bien habillée !!).
Il y avait souvent des p'tites embrouilles "d'ivrognes" mais rien de bien grave. Puis il y avait un p'tit groupe de trois personnes plus facho que punk qui venait de plus en plus souvent et à chaque fois qu'ils étaient là on sentait qu'un jour ou l'autre ça allait dégénérer ; ils ne faisaient que ça : foutre la merde partout où ils étaient !
Après trois semaines là-bas, avec H., on a décidé de partir et on a bien fait car quelques jours après ça a été la baston bien craignos.
On a retrouvé E. qui se retrouvait dehors aussi ; il nous a présenté un gars du surnom de Tintin et qui avec un autre type avait un squat au bord du Canal du midi ; ils nous ont proposé l'hospitalité. Rien a voir avec le précédent !
C'était une maison au bord de la piste cyclable avec un grand terrain et entourée d'une clôture avec deux portails en bois. Il y avait trois chambres, une cuisine aménagée avec une gazinière à bouteille de gaz, une salle de bain sans eau mais bon et un puit juste devant ! Pour se laver, on chauffait l'eau puis on se "douchait" avec une casserole : c'est pas parce que l'on squatte que l'on n'est pas propre !
Devant la baraque, se trouvait également, une espèce de petite maisonnette en bois où Nounours (l'autre gars) vivait et une sorte de grange ouverte avec une immense table et des bancs.
Mais…. il manque quelque chose non ? Ah, oui ….. les toilettes ! Ben, y'en avait pas. Comment faisions-nous ? Et bien les mecs avait installé une planche debout sous un cerisier et nous allions derrière tout simplement ! J'peux vous dire qu'on avait de magnifiques cerises -mdr-
C'était un peu notre maison de campagne qu'on avait appelé "Le Ranch" !
Les personnes habitant aux alentours nous aimaient bien car nous les respections et parfois on trouvait des légumes ou autres denrées accrochées à la petite porte pour nous.
Même les flics savaient qu'on était là et nous laissaient tranquilles car la maison allait être démolie pour être remplacée par un groupe d'immeubles en résidence en mars 93.
Finalement on vivait comme tout le monde sauf qu'on n'avait pas de revenus ou le RMI pour certains et on n'avait pas de factures.
Notre journée de "travail" c'était faire "la manche" pour pouvoir acheter notre repas du soir, la nourriture des chiens et le reste, bières et clopes.
Souvent, on invitait des jeunes de milieux différents et même parfois aisés et on se faisait de supers teufs avec barbecue. Je me souviens de la grève des routiers, en 92 donc, et de ces jeunes arrivés avec un putain de morceau de bœuf récupéré (les routiers les jetaient ) et avoir fait un super barbeuk !!!
C'était vraiment de bons moments.... jusqu'en hiver.
Eh oui ! L'hiver est là et nous n'avons pas de chauffage !! On dormait sur un matelas plutôt épais (heureusement) avec 5 ou 6 couvertures ! C'était très dur d'abord de rentrer dans le lit humide et froid (il faisait de 0° à 8° à l'intérieur) puis de s'endormir car le froid sur le visage empêche de dormir !
Ce n'était pas non plus évident de se lever le matin ; sortir de ce lit chauffé par nos corps pour se cailler. Je peux vous dire que pour s'habiller on était des rapides !!
En plus, depuis novembre, j'avais trouvé un emploi à mi-temps, le matin, et je devais donc assurer !
- Je bossais en Institut Médico-éducatif comme secrétaire ; bien sûr ils ne savaient pas que j'étais s.d.f. ; je prenais soin de cacher mes côtés du crâne qui étaient rasés avec mes cheveux que je lâchais mais j'y allais quand même en rangeos et quand j'y pense je me dis que le boss était plutôt cool à ce niveau. Je devais faire du bon boulot car ils m'ont quand même gardé presque 4 ans. -
Croyez-moi, entre les teufs (je commence à moins picoler, obligé) et le froid, c'était pas facile ; il m'arrivait de rentrer l'après-midi pour faire la sieste d'ailleurs.
Pour ce qui est de l'hygiène, j'avais mon cousin qui habitait sur Toulouse (et pas loin en plus) et un copain chez qui j'allais me doucher le soir car c'était même pas la peine de songer à me laver au squat sans chauffage !!!!
J'avais décidé de bosser d'abord pour avoir un peu de fric et puis je commençais à en avoir assez de vivre "dehors" et faire la manche. Il fallait que nous assurions pour trouver un appart avant la démolition car je savais qu'on aurait pas la chance de retrouver une maison de ce genre.

Commentaires
excalibure31 le 12/11/2008 à 18:07:23super souvenir le ranch chris t es adorable et j adore te lire